Alcool et allaitement
L'équipe du Pr. Mennella a publié une étude sur l'impact de l'alcool sur l'allaitement. Un commentaire français sur cet article parlait de montée de lait très ralentie par rapport aux femmes qui n'avaient pas bu d'alcool. Et surtout d'une qualité de lait bien inférieure. Que faut-il en penser ?
Cette étude (1) n'a en fait pas du tout évalué la qualité du lait après la prise d'alcool, mais uniquement l'impact de l'alcool sur les hormones de l'allaitement.
Résumé de l'étude
L'étude a porté sur 17 femmes, qui allaitaient un enfant âgé de 2 à 4 mois. Chaque femme a absorbé soit une quantité donnée de jus d'orange pur, soit la même quantité de jus d'orange auquel on avait ajouté 0,4 g/kg d'alcool pur (soit par exemple 24 g d'alcool pur pour une femme de 60 kg, l'équivalent de l'alcool contenu dans 20 cl de vin à 12°).
Pendant les quelques heures qui suivaient l'absorption d'alcool, le taux d'ocytocine (l'hormone qui déclenche le réflexe d'éjection, et donc la sortie du lait hors du sein) baissait d'en moyenne 78 %, tandis que le taux de prolactine (l'hormone responsable de la fabrication du lait) augmentait d'en moyenne 336 %. La baisse du taux d'ocytocine avait pour corollaire une efficacité moindre du réflexe d'éjection : il était retardé, et le volume de lait tiré par la femme était moins important. L'augmentation du taux de prolactine était corrélé à une sensation d'euphorie, et était susceptible d'augmenter transitoirement la production lactée (sensation de seins « plus pleins » rapportée par les mères).
La prise d'alcool avait donc un impact transitoire significatif et opposé sur les deux principales hormones de l'allaitement. Le principal résultat était une plus grande difficulté à déclencher le réflexe d'éjection, et une moindre quantité de lait obtenue lorsque la femme tirait son lait dans les quelques heures qui suivaient la prise d'alcool, en dépit du fait que la femme se sentait plus détendue et euphorique.
Ce qui passe dans le lait
L'alcool passe dans le lait, où il se trouve à un taux similaire à celui présent dans le sang (soit très faible habituellement), mais ne modifie pas la composition du lait. Ni en bien, ni en mal. Divers facteurs influencent ce passage : degré alcoolique du liquide ingéré, rapidité avec laquelle il est ingéré, quantité d'alcool absorbée, le fait que l'estomac soit vide ou non, le poids de la mère et sa masse grasse. La réponse à l'ingestion d'alcool est différente chez les femmes allaitantes et chez les femmes non allaitantes.
Une étude a montré que la biodisponibilité de l'alcool était moindre chez les femmes allaitantes ; le pic sanguin serait moins élevé, et l'élimination serait plus rapide. La présence d'aliments dans l'estomac ralentit l'absorption de l'alcool, surtout si ces aliments sont riches en graisses. L'alcool est métabolisé par le foie à une vitesse fixe ; le temps nécessaire à éliminer l'alcool suivra donc une courbe linéaire en fonction de la quantité d'alcool absorbée. Le pic lacté est observé au bout de 30 à 60 minutes si l'alcool a été consommé à jeun, et au bout de 60 à 90 minutes s'il y a eu prise d'aliments. La baisse du taux lacté est parallèle à celle du taux sérique : quand le taux sanguin d'alcool baisse, l'alcool présent dans le lait repart dans le sang. Tirer le lait n'aura strictement aucun impact sur la rapidité d'élimination de l'alcool.
Lorsqu'il est pris en quantité faible ou modérée, l'alcool est métabolisé en quelques heures (il est essentiellement transformé en eau et en gaz carbonique). À doses élevées (supérieures à 150 g sur une courte période), son taux sanguin sera suffisant pour induire des dégâts cellulaires (foie, pancréas), et nécessiter la mise en place de moyens «anormaux» d'élimination par l'organisme.